Interview de Laurent de TEA & TY Paris

Laurent, gérant de la boutique TEA & TY Paris.

En attendant de le lire sur ce blog, ce grand amateur de thé, d’écriture et de poésie se livre en quelques questions…

 

 

Qui êtes-vous ?

Je m’appelle Laurent, et je suis très heureux de répondre à cette entrevue ! J’ai un parcours assez diversifié, qui trouve sa cohérence dans la passion. De formation Educateur de Jeunes Enfants, je privilégie l’approche relationnelle, l’écoute, le partage et l’échange, la transmission. L’éducation est une philosophie qui se pratique, avec soi-même et avec les autres.

J’écris, des poèmes et des articles. Cette activité de poète s’inscrit notamment dans mon quartier d’habitation, le 20e arrondissement de Paris, dans ce village qu’est le haut Belleville. Cette vie de proximité est importante et permet de rester au contact des diversités sociales et humaines. Je suis amoureux de mon village, de mon quartier, de Paris ! Et je tenais vraiment à construire un projet personnel et professionnel s’inscrivant dans ce rapport de proximité.

On parle de thé, maintenant ?

 

Quand aimez-vous boire du thé ?

Je n’ai pas un rapport ritualisé avec le thé, mais boire du thé est toujours un rituel ! Je suis toujours prêt pour un thé. Au printemps, avec ces récoltes particulières de saison, très fraîches, une tasse de Darjeeling peut s’avérer aussi explosive qu’un arbre en fleur, les couleurs émergeant de l’hiver qui se termine. Mes moments de thé vont dépendre du thé en lui-même. Le matin, un Darjeeling de printemps est idéal, un thé vert japonais pour l’après-midi, et les soirs d’hiver, un bon Puer au bon parfum de vieille maison de campagne.

 

Que représente le thé pour vous ?

Okakura, dans son Livre du thé, ne parle pas vraiment de thé. C’est ça qui me plait. Le thé se transcende lui-même, à travers nos perceptions. C’est un état d’esprit personnel, un vecteur de souvenir puissant, une façon de rassembler présent, passé et futur. Le thé représente pour moi l’harmonie, l’équilibre idéal entre la simplicité et le sublime, l’austérité et le feu d’artifice, l’humilité et le raffinement, la solitude et le partage.

 

D’où vient votre histoire d’amour avec le thé ?

De l’Asie. Le thé s’inscrit dans mes premiers pas dans l’idée de culture et d’art. A travers le cinéma de Takeshi Kitano, le goût du poisson cru, les mangas (je suis un grand fan de Dragon Ball !)… Oui, le Japon a été vraiment une porte d’entrée. La littérature aussi, l’auteur romantique Allemand Herman Hesse et son Siddharta, quête spirituelle au parfum de bouddhisme. La philosophie asiatique, et notamment le Zen, m’a fait découvrir que les pratiques du thé, de la pensée, du quotidien, de la peinture et de la poésie sont intimement liées, comme un même mouvement. Du thé émane un état d’esprit qui se retrouve dans toutes les activités qui me passionnent. Et le thé, dans sa diversité de saveurs et de notes aromatique (plus encore que le vin ou le whisky), génère la pensée que la diversité, les différences, peuvent s’inscrire dans la cohérence d’une source unique : un théier, son bourgeon.

Quel a été votre « meilleur thé du monde de l’univers » ?

Le Gyokuro (récolte printanière et ombragée de thé vert japonais) ! Rien qu’à prononcer « Gyokuro » (même si ce n’est pas évident), quelque chose s’anime. Déjà, c’est un thé-saveur. Sa seule saveur, dite Umami, une cinquième saveur répertoriée au Japon et qui signifie, tenez vous bien : la bonne saveur ! Rien que ça. Ce qui est génial, c’est que cette saveur est unique et reconnaissable, mais très difficile, voire impossible à décrire ou à situer dans le palais et sur la langue. Comme si cette saveur se manifestait autrement, de manière globale dans l’organisme. Il se passe quelque chose. Et chaque fois que je bois un Gyokuro, je vis la même surprise, le même enthousiasme, on se fait chaque fois avoir et c’est un pur bonheur.

Pour bien répondre à votre question, disons que c’est le thé qui m’a lancé dans la découverte de tous les thés du monde. C’est une expérience qui fut partagée avec ma mère en toute simplicité. Elle disait que c’était vraiment bon, ce goût de pelouse. Mes parents habitaient à Metz, et le Gyokuro venait de la boutique de thé la plus sympathique de la ville. Je n’étais donc pas chez moi, dans un contexte de détente, de vacances. Je devais avoir 22 ou 23 ans.

Ceci étant dit, en réfléchissant, je pense pouvoir me souvenir d’autres thés qui m’ont marqué… notamment avec un ami, avec qui nous passions du temps à savourer, à chercher, à profiter d’étendues calmes… Il disait du thé blanc chinois, comme les Aiguilles d’argent, qu’il en adorait la fadeur. Sans doute parce que c’est une fadeur de façade. Le thé blanc, bien que subtil, possède une identité de parfum très forte.

Oh mince… les souvenirs remontent, il y a aussi cette fois où j’ai senti, sans même le boire, un thé de Birmanie qui m’a replongé instantanément dans la ferme bretonne de mes cousins, dans mon enfance. Cette fois-là, j’avais parlé dans cette boutique de thé avec une cliente qui m’a donné un livre de Marguerite Yourcenar !

Bon j’arrête là, parce qu’on en aurait pour longtemps !

 

Si vous ne deviez emmener qu’un seul thé sur une île déserte avec vous ?

Bien… Faut-il être pragmatique ? Il y a un frigo sur votre île ? Bon, blague à part, le Gyokuro cité auparavant pourrait vraiment faire l’affaire. La diversité du thé est telle qu’il est très difficile de choisir ! J’hésite entre un Yin Zhen (thé blanc chinois Aiguille d’argent) et un Gyokuro. Disons que ces deux thés ont une même caractéristique d’être très singuliers. Allez, le Gyokuro, thé vert japonais, en accompagnement des longues méditations, en imaginant que je suis seul sur cette île, sera idéal.

En tout cas, avec un thé nature, s’il y a des fleurs sur cette île, et pourquoi pas du jasmin ou de l’osmanthe, c’est chouette pour varier les plaisirs en agrémentant le thé.

Mais après-tout, pourquoi pas simplement un bon Earl Grey !

 

Comment avez-vous découvert Tea & Ty ?

Ah, cette belle découverte ! Je ne peux pas parler de découvrir Tea & Ty sans parler de la rencontre avec son créateur, Gwénolé Coppel. J’ai découvert Tea & Ty en découvrant Rennes, en me promenant. C’était idéal de rencontrer Gwénolé de cette façon, moi client, lui dans son salon de thé. L’accueil est important pour moi, et c’était simple, sans chichi et très respectueux, adapté. J’étais avec une amie et il a vite compris que nous étions ouverts à la discussion, intéressés. Il s’est senti alors libre de nous parler de son travail, sa relation au thé, ses choix concernant les thés proposés… Je crois que c’était en 2013. Tea & Ty était récent. J’ai bu un thé du Laos, que j’ai pris plaisir à boire à nouveau lorsque je suis venu fin 2016 en immersion à Rennes. Je me souviens aussi de la tarte au citron !

Ce moment à Rennes est symbolique, mes projets de vie à ce moment-là m’ont amené à habiter à y habiter quelques mois, puis d’autres événements m’ont ramené à Paris. Mais la Bretagne m’accompagne toujours !

 

Qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes lancé dans l’aventure ?

Dans mes expériences de vendeur de thé, je me suis toujours dit que la raison d’être de Tea & Ty et la façon de transmettre cette passion me correspondait. Après une dernière expérience pour une enseigne de thé en tant qu’employé vendeur, je n’ai pas mis longtemps à décrocher mon téléphone pour appeler Gwénolé. Ce que j’avais à lui dire : « je suis libre de mouvements, libre de temps, je suis passionné par le thé, j’ai une expérience, votre façon d’accueillir et de vendre le thé est ce que je défends aussi, que pouvons-nous faire ensemble ? ». Gwénolé se souvenait très bien de mon ami et moi, notre seule visite, trois ans plus tôt. Voilà comment tout à commencé, et qu’aujourd’hui Tea & Ty Paris est en cours d’ouverture.

La passion du thé, le moment propice à me lancer dans une création de projet, la volonté de m’inscrire dans la vie de mon quartier, tout était au vert pour marcher sur un chemin d’épanouissement.

Bon, voilà… J’ai seulement envie de dire que je suis content, content de commencer les travaux, de préparer l’ouverture, de boire du bon thé et de le proposer à qui aime et qui aimera !

 

 

 

Fan de blondie caramel beurre salé et de thés natures en tout genres,

Mélanie Kieu

10 Replies to “Interview de Laurent de TEA & TY Paris”

  1. je souhaite une belle vie à cette nouvelle boutique, j’ai beaucoup aimé l’interview et malgré mon amour du thé j’admire ceux qui peuvent décrire leurs dégustations alors que j’en suis incapable
    je suis rennaise et connait la boutique, je retrouve ce qui en fait son charme dans la description…
    je vous souhaite de belles rencontres à Paris et je sais que les amoureux du thé parisiens vont être charmés

    1. Bonjour, et merci pour lui. A très bientôt à Rennes et pourquoi pas à Paris.

  2. Marie-Pier Guillaumot dit : Répondre

    Bonjour,
    Et bienvenu dans la famille Tea&Ty !

    1. Boujour ! Et merci pour lui !

  3. Magnifiques photos
    et texte , j’en apprends sur le thé , et pas que !

    1. Bonjour et merci ! Ravi que cette interview vous ai plu. A très vite à Rennes ou à Paris.

  4. Bonjour à tous et merci pour ces commentaires enthousiastes !
    A bientôt à celles et ceux qui viendraient de Paris ou d’ailleurs, à la découverte des thés proposés.

  5. J’avais un peu oublié la rencontre de Laurent et du thé dans une petite boutique de thé à Metz, mais pas nos moments de dégustations autour d’un thé à la saveur de « pelouse »!
    J’ai suivi la création de la boutique à Belleville, un projet qui me paraissait un peu « fou » pour un éducateur de jeunes enfants et un poète, mais le résultat m’épate, la boutique est joliment décorée, simple, et Laurent y évolue avec aisance, sans se montrer « pontifiant », comme m’a dit un ami. En tant que « mère », je manque sans doute d’objectivité, alors venez faire un tour rue de la Villette, et donnez votre avis!!!

  6. Françoise Delplancq dit : Répondre

    Quel bel et enthousiasmant entretien…Laurent non seulement domine bien son sujet,mais nous le fait partager avec tant de passion que l’on a envie d’aller tout de suite à sa rencontre pour continuer la discussion sur Gyokuro, Metz (et la rue aux ours!) ,la brtagne ou le bouddhisme …etc!!!
    Nul doute qu’il saura creer dans ce lieu tout neuf une atmosphère chaleureuse et vivante!
    Très bon vent , Laurent, en tous cas!

  7. Salut
    je bois peu de thé moi meme , je suis plutot café mais c’est un super article et un super mec !

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