AU DÉPART, IL N’Y AVAIT PAS DE PLAN À 10 ANS
Je m’appelle Gwénolé Coppel et j’ai créé TEA & TY à Rennes en 2013.
L’histoire commence en réalité un an plus tôt.
En 2012, je suis cadre dans le commerce spécialisé. L’entreprise pour laquelle je travaille est rachetée et un plan social se prépare.
J’ai une trentaine d’années.
Je pourrais chercher un poste chez un concurrent. Mais je sais déjà que j’aurais du mal à retrouver la liberté dont je bénéficie dans mon travail.
Alors je me dis que si je dois un jour créer quelque chose, c’est probablement maintenant.
Le problème, c’est que je ne trouve aucune enseigne dans laquelle j’ai réellement envie de me reconnaître.
Alors quitte à repartir de zéro et à être inconnu, autant créer ma propre maison.
TEA & TY : UN NOM DE FAMILLE, D’UNE CERTAINE FAÇON
Mon père avait dirigé une agence de communication.
Pour m’aider dans le projet, il crée l’identité visuelle de la future boutique et me propose plusieurs noms.
L’un d’eux reste.
TEA & TY.
Tea, le thé en anglais.
Ty, la maison en breton.
Une maison de thé créée à Rennes, avec dès le départ l’envie de ne pas simplement reproduire ce qui existait ailleurs.
C’était sa façon à lui de participer à l’aventure.
Et près de quatorze ans plus tard, le nom est toujours là.
PAS SEULEMENT VENDRE DU THÉ
Dès le début, je ne voulais pas simplement ouvrir un magasin rempli de boîtes.
L’idée était de créer un lieu où l’on puisse acheter du thé, bien sûr, mais aussi s’asseoir, goûter, poser des questions et apprendre.
Il y avait donc un espace pour les ateliers et une petite restauration.
À l’époque, je faisais moi-même des tartes.
Quelques années plus tard, je pousserai même la logique jusqu’à passer mon CAP pâtissier pour pouvoir proposer des choses plus abouties.
Mais la vraie idée derrière tout ça était déjà celle qui existe aujourd’hui : expliquer le thé sans le rendre intimidant.
Montrer qu’il ne se résume pas au Earl Grey, au thé à la menthe ou au jasmin.
J’ai commencé avec une soixantaine de références.
Aujourd’hui, il y en a plus de 300.
AU FOND, LE MÉTIER N’A PAS CHANGÉ
Aider les gens à trouver leur thé.
Parce qu’on n’aime pas tous les mêmes choses. Sinon, trois références suffiraient.
Notre travail consiste à écouter, expliquer et orienter pour que chacun puisse trouver le thé ou les thés qui lui correspondent.
QUAND LES CLIENTS ONT DIT : CONTINUE
À un moment, TEA & TY doit aussi sortir des murs de la boutique.
Le projet d’un véritable site de vente en ligne se met en place.
Pour le financer, je lance une campagne de crowdfunding.
Avec le recul, je crois que c’est l’un des moments les plus forts des premières années.
Pas seulement parce que l’argent permet de financer le site.
Mais parce que derrière chaque participation, il y a quelqu’un qui dit en quelque sorte : ce que tu fais mérite de continuer.
Quand on développe une petite entreprise, ce genre de validation compte beaucoup.
PARIS, ET TOUT CE QUI EST VENU AVEC
Puis Laurent ouvre TEA & TY à Paris.
Pour la marque, c’est évidemment une nouvelle boutique.
Pour moi, ce sera beaucoup plus que ça.
Paris apporte de la visibilité et une forme de crédibilité supplémentaire. Même les habitués de Rennes suivent l’ouverture avec fierté.
Mais surtout, cette présence parisienne ouvre des portes.
Je rencontre d’autres professionnels. J’apprends. Ma connaissance du thé continue d’évoluer.
Sans cette ouverture et sans Laurent, je n’aurais probablement jamais rencontré certaines personnes qui comptent aujourd’hui dans mon parcours : Jérémy Tamen, Katrin Rougeventre, Karine Baudry et beaucoup d’autres.
Et ces rencontres vont, à leur tour, en provoquer d’autres.
UN PROJET ARRÊTÉ PAR LE COVID… PUIS REPRIS
Quelques semaines avant le confinement, un nouveau chapitre devait commencer à Rennes.
Je m’associe avec Gaëlle, pâtissière, avec l’idée de créer un lieu plus grand, mieux placé, capable de réunir encore davantage le thé, les ateliers et la pâtisserie.
Nous trouvons un local.
Puis le Covid arrive.
Le projet tombe à l’eau.
Moins d’un an plus tard, pourtant, nous nous remettons à chercher.
Et cette fois, nous trouvons le local actuel.
Finalement, même quand le chemin change, l’idée de départ reste assez obstinée : créer un endroit où le thé peut se vendre, bien sûr, mais surtout se goûter et se raconter.
PUIS SAINT-MALO
La troisième boutique n’était pas vraiment dans un grand plan de développement.
C’est mon frère, Karig, qui est venu m’en parler.
Son projet de départ était plutôt celui d’une épicerie.
Puis il s’est demandé pourquoi ne pas faire comme Laurent à Paris et se lancer sous le nom TEA & TY.
Rennes et Saint-Malo sont proches. Le projet avait du sens.
Quand il m’en a parlé, ma réaction a été assez simple :
« Allons-y. Pourquoi pas. »
La boutique de Paramé est donc née de sa volonté à lui.
De mon côté, j’ai essayé de faire de mon mieux pour l’aider à construire son propre TEA & TY.
COMMENT JE CHOISIS LES THÉS
La méthode n’est pas exactement la même pour un thé nature et pour un thé aromatisé.
Sur un thé nature, je cherche surtout ce qu’il apporte de nouveau : une origine, un profil différent, une qualité supérieure ou une façon de travailler que nous ne proposons pas encore.
S’il ressemble trop à une référence déjà présente, il n’a pas forcément besoin d’être ajouté.
S’il est vraiment meilleur, il peut en revanche prendre sa place.
Sur les thés aromatisés, je regarde davantage les familles de goûts que nous proposons déjà et ce qui pourrait manquer.
Le premier critère reste pourtant toujours le même : il faut que ce soit bon.
Et plus notre sélection grandit, plus il faut être exigeant pour qu’un nouveau thé mérite sa place.
UN RÉSEAU DE SOURCEURS
Avec les années, TEA & TY a aussi développé un réseau de personnes que j’appelle nos sourceurs.
Certains sont originaires du pays producteur. D’autres y ont vécu longtemps ou en connaissent particulièrement bien les producteurs.
Ils peuvent importer eux-mêmes les thés ou simplement nous permettre d’entrer en contact directement avec la bonne personne.
Les voyages complètent ce travail.
Ils permettent de voir les lieux, de comprendre les gestes et surtout de rencontrer les personnes derrière les feuilles.
La confiance, elle, ne se décrète pas.
Elle vient avec le temps, avec la qualité du travail, la transparence et la relation humaine.
Le monde du thé spécialisé est finalement assez petit. Les gens finissent par se croiser, se connaître et se recommander.
CE N’EST PAS UN EMPIRE
Aujourd’hui, TEA & TY, ce sont trois boutiques, un site internet, des ateliers, plus de 300 références et des thés qui partent un peu partout.
Ce sont aussi des restaurants, des coffee shops et quelques revendeurs avec lesquels nous travaillons.
Les réseaux sociaux ont donné une autre visibilité à la maison. Les voyages, les rencontres avec les producteurs et les événements autour du thé ont encore élargi le cercle.
J’espère qu’au fil des années, TEA & TY a acquis une certaine notoriété.
Mais ce n’est pas un empire.
Et ce n’est pas vraiment le sujet.
Ce qui compte pour moi reste assez proche de ce qui comptait en 2013 : proposer suffisamment de choses différentes pour que chacun puisse trouver ce qu’il aime, et avoir assez de temps, de curiosité et de connaissances pour l’aider à le trouver.
Je ne sais pas exactement quelle sera la prochaine étape.
Et finalement, ce n’est peut-être pas plus mal.
LE THÉ, LE GOÛT, LES GENS.
Le reste s’est construit — et continue de se construire — autour.
