PÉROU
Le thé au pied des Andes
Des théiers oubliés, des histoires de résistance et des rencontres qui continuent bien après le voyage.
DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA TASSE
Récit personnel de Gwénolé Coppel
Des lieux, des producteurs et des thés rencontrés sur place.
DIX-NEUF HEURES DE CAR
Avant même de partir vers Huayopata, nous participons à une sorte de speed dating avec différents producteurs.
Les rencontres s’enchaînent. On goûte, on discute, on découvre des projets.
Parmi les personnes venues nous rencontrer, une femme me raconte le travail réalisé dans une communauté de femmes située vers la forêt amazonienne, au pied des Andes.
Certaines y ont trouvé refuge après des histoires familiales difficiles. Elles cultivent notamment différentes plantes destinées aux infusions.
Les produits sont intéressants. Certains sont très bons.
Mais plusieurs des plantes qu’elles utilisent ne peuvent pas être commercialisées en France comme de simples infusions. Il faut être prudent avec ce qui relève des usages médicinaux et avec les interactions possibles.
À la fin de l’échange, la conversation devient plus informelle.
Je lui demande d’où elle vient et combien de temps elle a mis pour nous rejoindre.
Dix-neuf heures de car.
Quelques jours plus tard, après avoir vu certaines des routes du pays, parfois plus proches de pistes ou de chantiers que des routes auxquelles je suis habitué, cette réponse prend encore une autre dimension.
DES THÉIERS PLUS HAUTS QUE NOUS
À Huayopata, l’une des premières surprises est la taille des théiers.
Je connaissais les plantations asiatiques, leurs rangées, leurs tailles régulières, leurs parcelles organisées.
Ici, nous découvrons autre chose.
Certains théiers ont été laissés longtemps sans entretien. Ils sont devenus plus hauts qu’un homme.
Et surtout, ils sont partout.
Des dizaines, parfois des centaines de mètres de chemins sont bordés de ces grands théiers qui témoignent d’une production ancienne, parfois abandonnée ou délaissée.
Avec les autres professionnels présents, nous sommes tous surpris par leur taille et par leur nombre.
On comprend alors qu’ici, le sujet n’est pas seulement de planter du thé.
Il s’agit aussi de retrouver ce qui existe déjà et de lui redonner une raison d’être.
ALCIRA
Parmi toutes les rencontres de ce voyage, celle d’Alcira est restée.
Elle vient de Huayopata.
Pendant longtemps, une partie du thé péruvien est surtout destinée au marché local et à l’hôtellerie. Alcira, elle, est convaincue qu’une autre voie est possible.
Faire moins banal.
Faire mieux.
Travailler un thé de spécialité capable d’être reconnu pour sa qualité et vendu à un prix qui permette réellement au producteur de vivre.
Cette idée, elle doit la défendre longtemps.
Face à son père, son oncle, son mari. Face aussi à cette idée persistante qu’elle rêve un peu trop grand.
Puis un jour, nous arrivons.
Des acheteurs et professionnels venus de loin, intéressés précisément par ce type de thé.
Sans l’avoir cherché, nous devenons presque la preuve concrète que l’idée qu’elle défendait depuis des années n’était pas absurde.
UNE AUTRE ROUTE
Alcira finira par quitter son village pour travailler dans un établissement au pied du Machu Picchu, auprès de personnes plus ouvertes à cette recherche de qualité.
Son parcours résume assez bien ce que j’ai vu au Pérou.
Des gens qui ne veulent pas forcément abandonner ce qu’ils ont reçu, mais qui cherchent une autre manière de le faire vivre.
Nous rencontrons aussi une ancienne institutrice de Lima qui a quitté son métier pour revenir dans son village natal, travailler avec son frère et reprendre la production de café et de thé de leur père disparu.
Encore une fois, derrière le thé, il y a une histoire de retour, de famille et de choix.
UN PAYS ENCORE MARQUÉ
Le voyage se déroule aussi dans un pays où les années du Covid sont encore très présentes dans les conversations.
Au Machu Picchu, notre guide nous raconte à quel point les familles autour de lui ont été touchées.
Ce ne sont pas des statistiques que nous entendons ce jour-là.
Ce sont des histoires de proches disparus, d’activités interrompues, de vies qu’il a fallu reconstruire.
Ça donne forcément une autre profondeur aux projets que l’on découvre ensuite.
L’ACCOLADE
À un autre moment du voyage, nous rencontrons un chaman.
Nous participons à une cérémonie et faisons des offrandes à la Pachamama.
Je n’avais jamais vécu quelque chose de semblable.
Mais le souvenir le plus fort n’est finalement ni un objet, ni une parole.
À la fin, il prend dans ses bras, l’un après l’autre, ceux qui souhaitent s’avancer.
Une simple accolade.
Et pourtant, je me souviens encore de l’impressionnante présence physique et de la puissance que dégageait cet homme.
LES HISTOIRES NE S’ARRÊTENT PAS AU VOYAGE
Quelques années ou quelques mois plus tard, certaines rencontres continuent.
Je retrouve Alcira à La Réunion lors de l’International Tea Symposium.
Elle vient de traverser une nouvelle fois une bonne partie du monde.
Lorsque j’arrive dans le hall de son hôtel, elle m’aperçoit et son visage s’illumine immédiatement.
Quelques semaines plus tard, nous nous retrouvons encore au Tea Paris Festival.
C’est peut-être ce que ces voyages ont fini par changer le plus dans ma manière de voir mon métier.
On croit partir chercher du thé.
On revient surtout avec des personnes que l’on a envie de revoir.
ET SI ON PROLONGEAIT LE VOYAGE ?
Quelques thés du Pérou à retrouver chez TEA & TY, et un atelier pour continuer le voyage autour d’une tasse.
L’ATELIER
Carnets de Voyage
Thaïlande, Japon, Corée, La Réunion, Pérou… deux heures d’échanges, d’anecdotes et de thés autour de mes voyages.
Une autre façon de prolonger ces rencontres : cette fois, ensemble et autour de la table.
