JAPON
Le thé autrement
Derrière les images que l’on connaît tous, j’ai surtout découvert un Japon rural, humain et incroyablement proche de ceux qui font le thé.
Derrière les images que l’on connaît tous, j’ai surtout découvert un Japon rural, humain et incroyablement proche de ceux qui font le thé.
Récit personnel de Gwénolé Coppel
Des lieux, des producteurs et des thés rencontrés sur place.
La première image que j’ai du Japon n’est même pas prise depuis le sol.
Nous sommes encore dans l’avion. Il y a des nuages presque partout et, au détour d’un virage, j’aperçois soudain le mont Fuji au fond de ma rangée.
Je connaissais évidemment l’image. Comme tout le monde, j’avais déjà vu des photos, des peintures, des représentations de cette montagne devenue une icône. Mais je ne m’attendais pas à cette échelle.
Une mer de nuages blancs, et au-dessus, cette masse immense qui les dépasse. C’est probablement le premier moment où je me suis vraiment dit : ça y est, je suis au Japon.
Et pourtant, ce n’est pas vraiment ce Japon-là que j’ai envie de raconter ici.
À Uji, l’un de mes souvenirs les plus forts commence plutôt mal.
Nous sommes très en retard sur le programme. La journée touche déjà à sa fin, nous sommes en avril et la lumière commence à baisser. Nous traversons les ruelles étroites d’un petit village sans vraiment voir où se trouve la plantation que nous sommes venus visiter.
Et puis elle apparaît.
Une petite parcelle, à peine la taille d’un petit terrain de handball. Un producteur et une autre personne font des allers-retours le long des rangs de théiers pour installer les ombrages.
Ces théiers donneront du tencha, la matière qui sera ensuite moulue pour produire le matcha.
Je suis surtout gêné. Nous sommes les visiteurs, c’est nous qui sommes en retard, et lui continue son travail presque comme s’il devait s’excuser de ne pas nous recevoir immédiatement.
Au Japon, le retard n’est pas vraiment anodin. Je sens bien que le début de la rencontre est un peu tendu.
Une fois son travail terminé, il rentre chez lui. Nous attendons encore un peu dehors.
Puis la porte s’ouvre.
Et là, la scène change complètement.
L’homme un peu fermé que nous avions rencontré quelques minutes auparavant devient extrêmement souriant. Il nous parle de son travail, de ses thés, de ce qu’il fait. Surtout, il nous fait goûter plusieurs de ses matchas.
On les déguste les uns après les autres.
Et puis il y en a un.
Pas besoin de longues explications ni d’une liste de descripteurs. On le goûte et on se regarde presque immédiatement : celui-là.
Il est différent. Pas seulement dans son goût, mais dans la sensation qu’il laisse en bouche.
Si je devais résumer ce moment avec un seul mot, ce serait finalement très simple : le plaisir.
Ce que je garde surtout de cette dégustation, c’est son sourire. Cette fierté très simple de nous faire goûter son travail.
À Sayama, non loin de Tokyo, l’histoire est complètement différente.
Nous rencontrons un producteur qui travaille avec son fils. Lui-même avait repris la plantation de ses parents. La famille vit toujours là, dans le village, et une ancienne maison japonaise se trouve à proximité de leurs champs.
Quelques théiers poussent devant la maison. Plus loin, par temps clair, on aperçoit le mont Fuji.
Nous avons surtout la chance d’arriver au moment d’une cérémonie qui marque le début du printemps et de la saison du thé.
Le village est réuni. Le producteur et ses deux fils jouent des tambours traditionnels japonais. Une partie de la cérémonie se déroule devant une petite forêt de bambous, une autre directement dans les champs de thé.
Une calligraphe est également présente. Elle travaille au sol avec un pinceau gigantesque, presque aussi grand qu’elle.
Le maire est là, les habitants aussi.
Et moi, je me dis surtout que j’ai beaucoup de chance d’assister à ça.
Quelques jours plus tard, nous revenons passer une journée avec le père et le fils.
Ils nous montrent leurs lieux de travail, leurs thés, leurs méthodes. Nous dégustons beaucoup.
À la fin de la journée, nous finalisons même un thé ensemble. J’en achète plusieurs kilos pour TEA & TY, un thé que nous vendrons ensuite en boutique.
Le père doit partir à Tokyo pour un rendez-vous. Je termine donc l’achat avec son fils.
Et c’est là qu’arrive probablement l’une des scènes les plus simples du voyage.
La grand-mère passe derrière nous. Elle regarde ce que nous avons choisi et acheté. Elle sourit.
Je ne sais pas si elle est fière de son petit-fils, contente de voir partir le thé de la famille jusqu’en France, ou simplement satisfaite du moment.
Elle repart.
Puis elle revient avec du thé et des gâteaux pour nous servir.
Elle ne parle pas anglais. Je ne parle pas japonais.
Et finalement, ce n’est pas très important.
C’est exactement ce genre de moment que je retiens : le sentiment d’être invité, pendant quelques minutes, dans la vie de ceux qui font le thé.
À Kagoshima, le thé change encore d’échelle.
Nous arrivons sur une hauteur et, devant nous, le paysage se transforme en mosaïque.
Des champs de thé verts s’étendent à perte de vue. Certaines parcelles sont encore découvertes, d’autres sont déjà sous ombrage. Les formes et les nuances se succèdent jusqu’à l’horizon.
Au loin, on aperçoit l’océan.
Et plus loin encore, un volcan.
Après les petites parcelles familiales et les maisons de village, c’est une autre image du thé japonais : immense, graphique, presque irréelle.
Tokyo est immense, rapide, spectaculaire. C’est souvent cette image que l’on connaît du Japon.
Mais ce voyage m’a surtout donné envie de raconter autre chose.
Un producteur qui termine d’ombrager ses théiers alors que ses visiteurs sont en retard.
Un père qui joue du tambour avec ses fils au milieu d’un village.
Une grand-mère qui revient avec du thé et des gâteaux alors que nous ne partageons pas la même langue.
Des familles qui vivent encore à quelques mètres de leurs théiers. Des gestes transmis. Des producteurs heureux de montrer ce qu’ils font et surtout de le faire goûter.
C’est ce Japon-là qui reste.
Un Japon rural, humain, et finalement beaucoup plus proche que ce que j’imaginais avant de partir.
Quelques thés japonais à retrouver chez TEA & TY, et un atelier pour continuer le voyage autour d’une tasse.
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Thé Vert Aromatisé
L’ATELIER
Thaïlande, Japon, Corée, La Réunion, Pérou… deux heures d’échanges, d’anecdotes et de thés autour de mes voyages.
Une autre façon de prolonger ces rencontres : cette fois, ensemble et autour de la table.