CORÉE
Un thé pas comme les autres
Un voyage à deux, une mégalopole immense, des champs de thé au bord de la mer et, surtout, une journée à Hadong que nous n’avions absolument pas prévue.
Un voyage à deux, une mégalopole immense, des champs de thé au bord de la mer et, surtout, une journée à Hadong que nous n’avions absolument pas prévue.
Récit personnel de Gwénolé Coppel
Des lieux, des producteurs et des thés rencontrés sur place.
Ce voyage en Corée du Sud avait quelque chose de particulier avant même d’avoir commencé.
J’étais accompagné de ma femme.
C’était la première fois que nous partions ensemble aussi loin et aussi longtemps.
J’ai toujours gardé en tête cette idée, entendue il y a longtemps dans le film Into the Wild : le bonheur ne vaut que si il est partagé.
Et là, j’allais justement découvrir un pays, des paysages et des producteurs avec la personne qui compte probablement le plus pour moi.
Ça change forcément la manière dont on garde les souvenirs.
La première claque, c’est Séoul.
Le gigantisme, la modernité, les infrastructures, la densité… et pourtant cette impression que tout fonctionne.
Le plan du métro semble interminable. La première fois qu’on le regarde, on se demande sincèrement comment on va réussir à comprendre quoi que ce soit.
Et quelques minutes plus tard, on se déplace déjà.
Il y a énormément de monde mais tout paraît huilé, organisé, presque évident.
À ma grande surprise, le thé n’est pas omniprésent dans la ville. On trouve bien sûr des adresses spécialisées et des maisons de thé, notamment du côté d’Insadong, mais la première chose que Séoul vous raconte n’est pas le thé.
C’est d’abord une ville immense.
Il faudra la quitter pour commencer réellement le voyage que j’étais venu chercher.
Nous prenons ensuite le train vers Suncheon.
Les rames me rappellent immédiatement les TGV français, jusque dans cette sensation assez étrange d’être à plusieurs milliers de kilomètres de chez soi dans un train qui paraît presque familier.
À l’arrivée, le décor change complètement.
La baie de Suncheon ouvre le voyage vers un autre pays : plus calme, plus végétal, beaucoup moins vertical.
Nous descendons progressivement vers les régions productrices de thé.
À Boseong, le thé devient spectaculaire.
La plantation grimpe sur la colline en rangées parfaitement dessinées. Au début du mois d’avril, les magnolias, les pruniers et les cerisiers ajoutent encore quelque chose au paysage.
Des pétales tombent sur les théiers comme une petite neige de printemps.
Nous montons jusqu’en haut de la plantation.
D’un côté, les lignes vertes des théiers. Plus loin, d’autres plantations apparaissent sur les reliefs. Et au-delà, la mer.
Le lieu est touristique. Beaucoup de visiteurs viennent évidemment pour le paysage, presque comme on visiterait un monument.
Ça ne m’empêche pas d’être impressionné.
Les rangées sont magnifiques, les courbes extrêmement graphiques et l’ensemble semble presque trop parfait pour être vrai.
Mais le lendemain, nous allons découvrir une tout autre image du thé coréen.
À Hadong, le paysage devient moins ordonné.
Les théiers apparaissent à l’entrée des villages, sur les pentes, entre d’autres végétaux. On s’éloigne de la grande plantation parfaitement taillée de Boseong.
Nous allons plus loin dans la vallée de Hwagae pour rejoindre Jukro Tea.
J’avais rendez-vous avec son producteur, Cho Yunseok.
Nous arrivons dans sa maison de thé et il nous reçoit avec une immense gentillesse.
Nous ne sommes que trois.
Il nous fait goûter ses productions, nous parle de son travail et, rapidement, le thé devient surtout une histoire de famille.
Cho Yunseok nous raconte alors l’histoire de sa famille.
Celle de sa grand-mère, partie très jeune au Japon pendant la période coloniale.
Elle y travaille dans le thé. Le producteur pour lequel elle travaille remarque son intérêt, son sérieux et lui transmet progressivement les gestes de fabrication.
Elle finit par revenir en Corée.
Puis viennent d’autres bouleversements, une autre guerre, d’autres années difficiles.
Dans le récit que Cho Yunseok nous transmet ce jour-là, il y a cette idée qui revient : préserver les théiers parce que les conflits finissent un jour, et qu’il faut qu’il reste quelque chose après.
Le thé devient alors beaucoup plus qu’une production agricole.
C’est un héritage.
Et quelques générations plus tard, c’est lui qui nous raconte cette histoire, quelques jours seulement après être lui-même devenu père.
Difficile de ne pas penser à la suite.
Et puis nous découvrons que nous sommes arrivés un jour très particulier.
C’est le premier jour de récolte.
Complètement par hasard.
Cho Yunseok nous propose alors de revenir le soir. Quelques personnes sont présentes sur place et il doit leur montrer les premières étapes de fabrication.
Évidemment, nous restons.
Les feuilles fraîchement cueillies passent au wok. Puis vient le roulage, tous ensemble, sur une grande natte.
Nous essayons les gestes. Nous observons. Nous posons des questions.
Et nous portons tous une magnifique charlotte synthétique destinée à empêcher nos cheveux de tomber dans le thé.
Dans mon cas, le risque était objectivement assez limité.
Autour de la natte, nous commençons naturellement à discuter en anglais avec les autres personnes présentes.
Il y a un Coréen et deux Occidentaux.
La conversation dure un moment.
Puis arrive la question classique :
« Et vous, vous venez d’où ? »
L’un des participants répond : Paris.
Nous éclatons de rire.
Nous venons de Rennes.
Nous avions donc passé une bonne partie de la soirée à discuter en anglais alors que nous aurions parfaitement pu parler français depuis le début.
C’est un détail.
Mais ce sont souvent ces petits détails que l’on garde le plus longtemps.
Après la dégustation, Cho Yunseok nous emmène marcher dans ses théiers.
Ici encore, rien à voir avec Boseong.
Les plantations suivent la montagne. Les théiers sont plus buissonnants, installés au milieu d’un paysage beaucoup moins géométrique.
Un petit monorail traverse les pentes. Il permet de faire monter les personnes, les feuilles récoltées et le matériel dans les parcelles les plus difficiles d’accès.
Je garde beaucoup cette image-là de Hadong.
Pas une plantation monumentale.
Un paysage de travail, une famille et des théiers qui semblent faire partie de la montagne depuis toujours.
Quelques mois plus tard, la Corée revient à Rennes d’une manière assez inattendue.
Jun, un producteur coréen, vient animer un atelier à la boutique.
Il vient du même village.
Je le retrouverai ensuite à La Réunion, lors du symposium international sur le thé, où nous marcherons ensemble sous la pluie dans la forêt de Grand-Coude.
Depuis quelques années, c’est probablement l’une des choses qui me fascinent le plus dans ce métier.
On part très loin pour rencontrer des gens.
Et quelques mois plus tard, les mêmes visages réapparaissent à Rennes, à La Réunion ou ailleurs.
Petit à petit, la carte du thé devient moins une carte de pays qu’une carte de rencontres.
Je pourrais évidemment garder Séoul, Boseong ou les paysages de Hadong.
Mais ce voyage restera d’abord celui que j’ai partagé avec ma femme.
Et ensuite celui d’une journée que nous n’aurions pas pu organiser même si nous avions essayé : arriver chez un producteur le premier jour de récolte, être invités à rester, apprendre les premiers gestes et entendre l’histoire d’une famille qui fabrique du thé depuis plusieurs générations.
Le reste tient finalement à beaucoup de hasard.
Et à la chance d’avoir dit oui au bon moment.
Quelques thés coréens à retrouver chez TEA & TY, et un atelier pour continuer le voyage autour d’une tasse.
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Atelier autour du thé
Thé Vert Aromatisé
L’ATELIER
Thaïlande, Japon, Corée, La Réunion, Pérou… deux heures d’échanges, de thés et d’anecdotes autour de mes voyages.
Une autre façon de prolonger ces rencontres : cette fois, ensemble et autour de la table.