Il existe peu de thés français. Le Thé des Remparts en est l’un des plus beaux symboles.
À Grand Coude, dans le sud-est de La Réunion, des théiers plantés dans les années 1950 poussent à 1 100 mètres d’altitude, au pied de remparts volcaniques qui donnent à ce lieu une allure de bout du monde. Une altitude qui ralentit la croissance des feuilles, concentre les arômes, et confère au thé une douceur et une complexité que le niveau de la mer ne pourrait pas offrir. Une plantation qui a failli disparaître — la culture du thé réunionnais s’est interrompue en 1972, à l’époque même où il était reconnu comme l’un des trois meilleurs thés au monde.
C’est Johny, propriétaire du Labyrinthe En-Champ-Thé, qui lui redonne vie au début des années 2000. D’abord producteur de géranium, il exploitait sa forêt de théiers pour le bois de distillation — avant qu’une reconversion inattendue, et les conseils d’une association, ne l’amènent à relancer la production. Un acte presque militant : il faudra attendre 2014 pour que le thé soit à nouveau reconnu dans l’agriculture française.
Cette exploitation familiale produit, en agriculture biologique, un thé noir d’une belle singularité. Peu tannique, rond et légèrement fruité, il ne ressemble à aucun autre — ni aux thés indiens puissants, ni aux thés chinois délicats. C’est un thé qui a sa propre identité, façonnée par un sol volcanique unique, une altitude généreuse et une histoire hors du commun.
Le Thé des Remparts, c’est un thé qui a failli ne jamais exister. Et c’est peut-être pour ça qu’il est aussi précieux.





